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La paix à fragmentation

lundi 5 janvier 2026

Israël a annoncé la fin de la guerre. Les bombes, elles, n’ont reçu aucune convocation. Entre Gaza, le Liban et la Syrie, la paix s’exprime désormais en explosions mesurées, un cessez-le-feu à cadence régulière. Il paraît qu’Israël a arrêté la guerre. On l’a lu dans les
journaux. Les bombes, elles, n’étaient pas au courant. Elles continuent de tomber par inertie administrative, sans doute. C’est une guerre nouvelle, plus douce, plus polie. Une guerre en costume cravate, déclarée finie par communiqué officiel, mais qui persiste par réflexe, comme ces ventilateurs qui tournent encore un moment après qu’on a coupé le lcourant.
On dit que Gaza vit désormais en paix. La paix y a un goût de poussière et de chlore, elle s’étend à perte de vue, comme un grand chantier de civilisation. Il ne reste plus grand chose à détruire, donc tout va mieux. L’absence de murs est un signe d’ouverture, l’absence d’eau un signe de sobriété. Les diplomates applaudissent : « La situation s’améliore. » C’est vrai, on ne compte plus les morts, on les additionne. Plus de quatre cents Palestiniens ont été tués depuis la « fin » de la guerre, plus de mille blessés. Mais, paraît-il, c’est le prix de la stabilité : la paix a ses statistiques, comme la guerre a ses mensonges.
Et puisque la paix ne connaît pas de frontières, elle s’étend aussi vers le nord. Le Liban goûte lui aussi aux délices du calme : ses collines reçoivent régulièrement des « signaux de paix » en forme de missiles.
En Syrie, la paix est aérienne, elle s’exprime en survols. Les avions israéliens viennent y rappeler que la sérénité, pour être durable, doit être surveillée. À chaque explosion, une leçon de coexistence. À chaque raid, une méditation sur la sécurité. Le Proche-Orient, désormais, se pacifie à coups de tonnerre.
Israël, dit-on, a transformé sa stratégie : on ne bombarde plus, on
sélectionne. On vise avec soin, presque avec tendresse. Chaque frappe est une lettre d’amour adressée à la sécurité. Parfois, l’amour se trompe d’adresse.
Les Palestiniens, ingrats, refusent de coopérer. Ils ne veulent pas partir. On les déplace, ils reviennent. On détruit leur maison, ils s’assoient sur les ruines. On coupe l’électricité, ils allument des bougies. Il y a dans cette obstination quelque chose d’archaïque, d’incompréhensible pour la modernité.
L’Occident, lui, médite. Il rédige des communiqués où la douleur devient une donnée, la mort un indicateur, et le désespoir une variable d’ajustement. « La situation
humanitaire est préoccupante », répète-t-il avec la gravité de celui qui ne compte pas bouger.
En vérité, tout le monde est d’accord : la guerre devait cesser pour mieux continuer. Israël tire, le monde détourne le regard, et le silence sert de cessez-le-feu. Dans cette nouvelle ère, la paix n’est plus l’absence de guerre, mais sa version premium : plus propre, plus narrative, plus exportable. Les bombes sont intelligentes, les morts sont collatéraux, et les vivants sont priés de témoigner de leur gratitude. Le philosophe pourrait dire que la guerre, chez Israël, a atteint sa perfection métaphysique : elle ne se contente plus de détruire le monde, elle le justifie. Alors oui, la guerre est finie. Les corps sont calmes, les décombres immobiles, les consciences tranquilles.

Il ne reste qu’un détail à régler : trouver la différence entre la paix et son cadavre.
Mohammed Youssef, un Palestinien en exil
02-03 janv. 26

GAZA Génocide en cours Dim. 28 Déc. 814e jour 71 267 tué·es 171 221 blessé·es